« While we’re young » de Noah Baumbach

Article : « While we’re young » de Noah Baumbach
31 juillet 2015

« While we’re young » de Noah Baumbach

Considéré comme le « nouveau Woody Allen », Noah Baumbach offre avec While We’re Young une comédie dramatique, grinçante et juste.

 

Cornelia Srebnick (Naomy Watts) est penchée sur le berceau d’un nouveau-né, qu’elle contemple avec une expression béate. Son compagnon, Josh (Ben Stiller), la regarde, le visage empreint d’une grande émotion.

Cornelia entreprend de raconter au bébé l’histoire des trois petits cochons. « Il était une fois… », avant de s’interrompre. Que se passait-il, déjà, avant que le loup n’arrive ?

Le bébé s’agite. Cornelia bafouille, tente de reprendre le conte, de poursuivre la narration, mais elle ne sait plus, et le bébé crie, geint, tandis qu’elle le regarde, affolée, gauche, ne sachant que faire…

Arrive alors la véritable mère du bébé, qui le calme enfin.

Car Cornelia et Josh n’ont pas d’enfants, malgré leur âge : 43 et 44 ans.

Ils sont de ces couples qui ont « raté le coche » et qui ont décidé, plus ou moins par défaut, de profiter de leur liberté renouvelée.
On pourrait penser qu’il s’agit là du sujet du film: enfanter ou non, choisir une vie de famille ou pas, à un âge où il semblerait qu’il faille se justifier du moindre écart osé par rapport à un schéma établi et donné.

Mais chez Baumbach, cette première thématique vient en révéler d’autres, toutes aussi riches, fortes et actuelles: derrière l’enfantement se cache ainsi la création, thème abordé à travers le métier de Josh, réalisateur de documentaires, en quête de vérité. C’est cela même qu’admire tant Jamie (Adam Driver de Girls), réalisateur en herbe qui vient trouver Josh à la fin d’un de ses cours, pour lui signifier combien il respecte son travail. Jamie est marié à Darby (Amanda Seyfried) et à eux deux ils constituent le parfait couple de hipsters new-yorkais. Dans leur grand loft-coloc, pas d’écran plat, mais un magnétoscope qui lit des VHS. Pas d’iTunes, mais une bibliothèque de vinyles et une poule dans une grande cage chinée aux puces.

Cornelia et Josh se lient d’amitié avec ce couple de vingt ans leur cadet. Révolution dans les mœurs et les habitudes : Cornelia se met au hip-hop, tandis que Josh s’affuble d’un couvre-chef digne d’un chef de gang gitan.

Comment ne pas désirer aider et encadrer Jamie dans sa démarche de réalisateur débutant, le faire bénéficier de leur réseau, lui qui donne à Josh et Cornelia l’impression d’être à nouveau vivants, qui leur renvoie d’eux-mêmes une nouvelle image pleine de surprises?

Baumbach pose avec finesse des questions universelles, sur les relations humaines, amicales, amoureuses, sur les mœurs du nouveau millénaire et la frontière entre sphère publique et privée, intégrité et naïveté, ainsi qu’à notre rapport à la création et à la vérité.

L’ironie est partout dans cette comédie grinçante : dans les dialogues, excellents, comme dans les situations mises en scènes. On traite à la fois des clichés et de la vérité qui en découle et vient révéler les troubles profonds de notre époque et de notre société.

Les acteurs, portés par une écriture et des dialogues de qualité, sont d’une justesse et d’un naturel remarquables. Seule une séquence de cérémonie chamanique montre quelques faiblesses: une série de scènes un peu pâlottes que l’on aurait espérées plus mordantes. Mais très vite le rythme reprend, la tension remonte, et nous sommes de nouveau séduits, pris par le récit, et ses personnages.

Un beau travail d’écriture et d’interprétation, un film qui nous permet de rire avec bonheur de voir ainsi traitées et exposées nos propres peurs, angoisses et interrogations.

 

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