« Good Kill » d’Andrew Niccol

Article : « Good Kill » d’Andrew Niccol
11 mai 2015

« Good Kill » d’Andrew Niccol

Après «Bienvenue à Gattaca» et «Lord of War», Andrew Niccol renoue avec l’un des sujets qui l’obsèdent, celui du rapport de l’homme à la machine, et à la guerre.

 

«Good Kill» se situe en 2010, l’année qui connut la plus grande escalade de frappes militaires ciblées, exécutées par les drones de l’armée américaine.

Tom Egan (Ethan Hawke) est un pilote de l’Armée Américaine qui ne vole plus, un homme qui n’a plus à subir les affres de la distance d’avec sa terre patrie non plus qu’avec les siens.

Lorsque sa journée de travail dans une cabine climatisée se termine, il regagne sa voiture, prend l’autoroute, et retrouve sa femme et ses blonds enfants dans sa demeure similaire aux autres, au cœur de la banlieue bourgeoise non loin de Las Vegas.

Parfois, lorsqu’une mission de dernière minute lui est assignée, il doit alors envoyer un sms à son épouse : « Désolé chérie, je ne pourrai pas aller chercher les enfants aujourd’hui. Désolé. »

Le soir à la maison, dans un silence triste, on compare les agendas: Molly, l’épouse de Tom (l’hollywoodienne January Jones de «Mad Men») a dû annuler le cours de gym qui devait préserver sa sculpturale silhouette d’ex-danseuse, pour pallier au manquement de Tom. Mais la mission de ce dernier était une question de vie ou de mort : « J’ai fait quelque chose de bien aujourd’hui. » « N’est-ce pas ce que tu fais tous les jours ? » lui demande sa femme.

 

Et c’est là tout le drame de la vie d’Ethan, qui passe douze heures par jour à piloter, non plus des avions mais des drones, situés à des milliers de kilomètres de sa propre cabine de la base militaire du désert du Nevada, destinés à tuer les talibans d’Afghanistan ou du Yemen.

Installé derrière son écran, l’équivalent d’une joystick à la main, Ethan scrute les rues de ces déserts semblables au sien, à cette différence près que les femmes y portent le niqab et travaillent tout le jour durant pour assurer la survie de leur maisonnée au lieu de se prélasser au bord d’une piscine, et que les enfants jouent avec des cerceaux et non des voitures télécommandées.

Sous les ordres de ses supérieurs et de la CIA, Ethan est chargé de remplir la mission suprême: protéger les États-Unis de l’attaque imminente de ceux-là même qui ne reculèrent pas le jour du 11 septembre 2001.

Mais où est la menace? Où l’imminence? Où, les notions de courage et de peur qui constituaient les raisons mêmes de l’attachement d’Ethan à son métier? Aujourd’hui cantonné dans un container climatisé, il se sent lâche, faible, et surtout, commence à se demander quelle est la vérité de son existence. Est-il, comme le clament ses collègues masculins, un héros qui protège ses concitoyens? Ou comme le pense son binôme féminin Vera Suarez (Zoë Kravitz), est-il en train de créer davantage de talibans qu’il n’en exécute, et de devenir lui-même un terroriste, depuis la confortable petite vie dans laquelle il est assis?

 

Si le sujet du film d’Andrew Niccol (qui écrivit «The Truman Show») est passionnant et si les questions qu’il pose sont essentielles, son traitement nous laisse relativement froids. Les situations choisies et dépeintes manquent de chair, de vérité, sont comme glacées dans un à priori. Certains clichés nous empêchent de véritablement nous lier aux personnages: les larmes de Vera Suarez et la sensualité inopportune qu’elle dégage, la froideur de Tom Egan, les discours de son supérieur, le conflit marital superficiel et convenu… Les dialogues sur-appuyés pourraient parfois s’approcher de la parodie, et l’on regrette de ne pouvoir explorer plus en profondeur les différentes questions soulevées.

 

Good Kill

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