De l’art d’escroquer (American Hustle)

Article : De l’art d’escroquer (American Hustle)
16 octobre 2014

De l’art d’escroquer (American Hustle)

David O. Russell (Silver Linings Playbook) retrouve Bradley Cooper et Jennifer Lawrence pour son nouveau film American Hustle qui, après avoir raflé certains des plus prestigieux Golden Globes, est désormais grand favori dans la course à l’Oscar.
Comment dit-on « escroc » en américain?
« Con Artist »: littéralement, artiste de l’escroquerie.
Et c’est bien ce qu’est Irving Rosenfeld, sur lequel s’ouvre American Hustle.

Lorsqu’on nous le présente pour la première fois, Rosenfeld (un Christian Bale quadragénaire et ventripotent) est entièrement absorbé par la méticuleuse tâche qui rythme chacun de ses matins, celle du minutieux collage d’une moumoute sombre sur le haut de son crâne.

Cela prend du temps, et il ne faut pas se rater. Il en va de l’apparence et de la représentation, deux thèmes omniprésents dans le nouveau film de David O. Russell.

Le ton est donné, la liberté assumée: « Some of this actually happened ».
C’est par ces mots que Russell s’accorde une nouvelle indépendance dans l’adaptation qu’il propose de l’un des évènements qui fit scandale à la fin des années 70: l’opération « Abscam ».

Lorsque l’agent du FBI DiMaso (Bradley Cooper) parvient à prendre « la main dans le sac » Rosenfeld et sa partenaire (dans la vie comme dans l’escroquerie) Edith Greensly (Amy Adams), il pense avoir décroché le gros lot. Ces deux-là sont introduits dans les milieux de la fraude, et vont pouvoir le mener à faire tomber les têtes des politiciens corrompus et des parrains (parmi lesquels, Robert De Niro) de l’état du New Jersey.

C’est oublier la nature même d’un escroc.
Car Lady Edith Greensly, à l’accent britannique si pur, à la cambrure affolante et aux décolletés plus que plongeants, n’est en réalité que Sidney Prosser, originaire du Nouveau Mexique et ancienne strip-teaseuse.

Intelligente et ambitieuse, elle a trouvé en Rosenfeld un homme passionné, décidé à aller loin dans le business qui est le sien : celui du marché de l’art et de la finance, affaires frauduleuses que couvrent ses activités de lavage à sec et de vitrerie.

Leur premier baiser sera échangé au cœur d’un carrousel de chemises repassées et de housses de plastique venant effleurer leurs joues comme autant de caresses.

Ces deux-là font la paire et ne se laisseront pas faire, quand bien même Rosenfeld est déjà engagé ailleurs, avec sa blonde furie de femme (Rosalyn – Jennifer Lawrence).

American Hustle vient compléter la liste des films de cette année qui cherchent à décrypter les prémices de la crise de 2008. Et Russell choisit de raconter son histoire dans une tonalité qui rappelle Scorcese aux heures de Good Fellas.

C’est une danse, à laquelle nous sommes conviés. Une plongée dans un milieu racoleur et glamour, à la suite d’un trio amoureux et bancal, qui tente de mettre sur pied une magistrale escroquerie, avec pour appât premier un agent mexicain du FBI, déguisé en cheikh Abdullah, qui baragouinerait l’arabe et serait fraîchement débarqué d’Abu Dhabi.

Sur une bande originale réunissant les meilleurs titres de cette époque dorée, (un or qui se retrouve chez Rosalyn et dans les mèches rebelles de son chignon brushé) Russell navigue avec aisance dans ce milieu gangréné, avec une caméra souple, des travellings d’une grande fluidité, une lumière chaude pour des ambiances tamisées, le tout monté de manière sûre, efficace et rapide, et interprété avec force et profondeur par un cast qui sait en imposer – jugez plutôt:
American Hustle

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