Dans quel état j'erre http://etageres.mondoblog.org Blog vagabond, cinéphile et littéraire Mon, 12 Jun 2017 12:49:12 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.7.11 « Free Speech Fear Free », un documentaire sur la liberté d’expression http://etageres.mondoblog.org/2017/06/09/documentaire-liberte-dexpression-free-speech-fear-free/ http://etageres.mondoblog.org/2017/06/09/documentaire-liberte-dexpression-free-speech-fear-free/#respond Fri, 09 Jun 2017 15:31:25 +0000 http://etageres.mondoblog.org/?p=928 Un documentaire classique, mené par un très jeune réalisateur dont on saluera l’entreprise, mais qui ne dépasse pas la forme et le fond d’un exposé scolaire bien mené. A 15 ans, le jeune britannique Ramsay Tarquin demande à son père [...]

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Un documentaire classique, mené par un très jeune réalisateur dont on saluera l’entreprise, mais qui ne dépasse pas la forme et le fond d’un exposé scolaire bien mené.

A 15 ans, le jeune britannique Ramsay Tarquin demande à son père ce que signifie la liberté d’expression. C’est le premier pas vers une quête qui durera 5 ans, et dont l’aboutissement sera un film documentaire qui tente d’apporter une réponse à cette question première.

Dans les rues de Londres, Amsterdam, Berlin, et jusqu’aux Etats-Unis, Ramsay Tarquin est allé à la rencontre d’activistes en exil, de journalistes, de hackers, de spécialistes de la communication tels que Julian Assange, fondateur, rédacteur en chef et porte-parole de Wikileaks, mais a également donné la parole à des jeunes de sa génération – ses propres camarades de classe – et de la suivante: Niamh Barreto, fille de Diani Barreto, activiste, qui promène ses onze ans du Teufelsberg jusqu’au cabinet de monstres à Berlin, en éclairant Ramsay de ses idées autour de l’ère de la surveillance.

Le résultat est un documentaire classique dans sa forme, composé essentiellement de ces interviews et de quelques images d’archives souvent très pixélisées montrant des forces de police à l’œuvre, des manifestations en Biélorussie, des extraits de la marche parisienne après l’attentat de Charlie Hebdo, et des pigeons volant au ralenti vers la liberté.

Papa, c’est quoi la liberté d’expression?

On peut saluer la détermination et le professionnalisme du jeune Tarquin dans son désir de pousser la réflexion le plus loin possible autour de l’une des thématiques fondamentales de notre société. Mais le documentaire ne dépasse pas réellement la forme d’un exposé bien mené et Tarquin ne parvient pas à réellement passionner le spectateur. Si chaque interviewé a son mot à dire, il y a parfois une impression de répétition d’un entretien à l’autre, et les illustrations manquent, tout comme la variété dans les exemples. Cela est évidemment dû au petit budget et à la jeunesse du réalisateur, mais il est dommage de n’être pas allé plus loin, hors des pays occidentaux, pour donner à voir d’autres manières d’atteindre à la liberté d’expression – en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique…

Le montage aurait également pu être plus efficace et choisir de croiser les interviews autour de thématiques ciblées, ainsi que le fait Tarquin lorsqu’il pose sa dernière question et nous montre les silences de ses interlocuteurs, occupés à réfléchir à leur vision d’un monde dans lequel la liberté d’expression serait absolue. Tout de suite, le rythme s’accélère, la tension remonte, et le public est de nouveau happé par le sujet, curieux d’entendre ce que chacun, du lanceur d’alerte américain John Kiriakou à l’acteur britannique Jude Law, aurait à dire.

Le film se clôt sur un discours de la jeune Niamh, autour de la capacité de chacun à dire non et à protester contre la surveillance et le vol de données. Si la jeune fille touche par sa joie nerveuse devant les applaudissements de l’équipe du film une fois le mot de la fin prononcé, le fond de son discours n’achève pas de satisfaire le public, qui sort de là admiratif du travail accompli par un réalisateur de cet âge, mais encore sur sa faim quant à la réflexion menée.

 

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CouchSurfing en Iran: renverser (tous) les préjugés http://etageres.mondoblog.org/2017/06/06/couchsurfing-iran/ http://etageres.mondoblog.org/2017/06/06/couchsurfing-iran/#comments Tue, 06 Jun 2017 17:57:21 +0000 http://etageres.mondoblog.org/?p=914 L’Iran: synonyme de charia pour les uns, de rave derrière les volets fermés pour les autres. Le «CouchSurfing» permet-il de se faire une idée de la vérité?   Notre taxi s’arrête devant un immeuble. Nous en sortons, et sonnons à [...]

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L’Iran: synonyme de charia pour les uns, de rave derrière les volets fermés pour les autres. Le «CouchSurfing» permet-il de se faire une idée de la vérité?

 

Notre taxi s’arrête devant un immeuble. Nous en sortons, et sonnons à l’interrupteur. Une tête de femme apparaît par la fenêtre, au troisième étage: des cheveux courts, pas de voile – notre nouvelle «hôte CS» est donc prête à braver tous les interdits! Le «CouchSurfing» (ou CS) est en effet prohibé en Iran: un foyer qui accueille des étrangers de manière régulière peut être vu par le gouvernement comme un potentiel nid d’espion. Le fait d’être prêt à braver cette interdiction pour faire entrer chez soi un peu de cet ailleurs, auquel les Iraniens rêvent, peut donc laisser à penser que tout hôte adepte du CS est résolument moderne, à l’image de Sepideh (le prénom a été changé), de sa coupe à la garçonne et de son visage accueillant.

Et c’est bien l’idée que je m’en fais, moi, lors de mon premier voyage en terre perse. Car, à l’opposé de ceux qui imaginent l’Iran comme une nation de terroristes, à force de lire, d’entendre et de voir la diaspora iranienne – en exil ou non – et mes proches – perses ou pas – parler du pays comme de l’endroit où vivre les fêtes les plus incroyables – dans un garage, dans le désert, dans un appartement parfaitement insonorisé pour se protéger des Basij, je m’attends à trouver minijupes, paillettes et soundsystem à faire pâlir un résident du Berghain chez chaque couchsurfer.

Nous gravissons les étages jusqu’à l’appartement de Sepideh: fin de vingtaine, vêtue d’un jean et d’un sweater à capuche, elle nous fait entrer dans son appartement, lumineux. Il y a là des plantes, un canapé en coin, quelques tableaux. Sepideh nous annonce d’entrée la couleur: ici, pas de tarof, cette étiquette à l’iranienne qui veut que l’on fasse preuve en toutes situations d’une extrême politesse. On se sert dans le frigidaire, pas de salamalecs, vous êtes ici chez vous. Nous rions, heureuses de sa franchise et de son désir de simplicité, en tous points semblables aux règles de vie d’une colocation à l’européenne. Sepideh a tous les attributs de la jeune femme moderne.

Alors que nous déballons quelques chocolats ramenés d’Europe pour la remercier de nous héberger, elle nous explique sa situation: psychologue de formation, elle désire postuler pour un PhD à l’étranger. Elle vit avec son mari depuis trois ans déjà, bien qu’elle ne se soit mariée que l’année passée : nouvelle preuve de cette modernité résolue, à l’encontre de la tradition qui veut qu’une jeune fille de bonne famille ne partage pas le toit d’un homme avant d’en être devenue l’épouse. Nous le lui faisons remarquer: elle répond être à l’opposé de sa famille, qui condamne cette manière de vivre. Nous compatissons, déjà pleines d’empathie pour cette jeune femme qui semble tant vouloir mener une vie proche de la nôtre mais en être empêchée par ce monstre à plusieurs têtes qu’elle nous décrit – depuis ses parents jusqu’à sa belle-mère, en passant par ses propres frères et sœurs.

C’est la première fois que nous sommes hébergées chez quelqu’un en désaccord avec ses proches. Les autres couchsurfers, qu’ils soient modernes ou plus traditionnels, partageaient les mêmes idées au sein d’une même famille, se montraient unis, soudés. Mais Sepideh semble être prise au piège d’une constellation différente: elle nous décrit les siens comme des gens fermés, qui ne comprennent pas ses envies, ses besoins, auxquels ils s’opposent. A tel point qu’elle leur cache son désir de partir à l’étranger et qu’elle garde le voile, lorsqu’elle va chez sa mère, pour prétendre être toujours la petite fille extrêmement pratiquante qu’elle était encore trois ans plus tôt.

Nous lui demandons ce qui l’a faite changer d’avis sur la religion. Elle plisse les yeux et murmure, sur le ton de la confidence: «Les livres… Animal Farm ».

Elle pointe du doigt un tableau qui orne le mur du salon, puis un épais ouvrage posé en évidence, sur un meuble: «Vous voyez là? Ce sont les différents noms d’Allah. Et là. Le Coran. Pour que ma famille ne me pose pas de questions sur ma foi. »

Nous lui demandons comment sa famille réagirait si elle leur annonçait n’être plus croyante. Elle plonge ses yeux dans les nôtres: « Si un musulman renie sa foi, c’est la peine de mort. »

Abyaneh, Iran, 2017

Abyaneh, Iran, 2017

Que l’apostasie soit punie chez les plus radicaux, qu’elle soit inscrite dans la charia la plus stricte, peut-être, mais qu’une jeune Iranienne de Rasht en vienne à cacher ainsi toute vérité à ses proches par peur d’être mise à mort, je commence à avoir du mal à y croire.

Je m’interroge sur ses relations avec les siens, me demandant comment la rupture a pris forme, si elle les voit encore. Avant que je n’aie pu lui poser la question, elle annonce: « J’ai invité ma famille à dîner ce soir. Ils ont peur des étrangers. Ils sont extrêmement fermés. Ils désapprouvent complètement que je vous reçoive ici. Donc moi je les ai invité, pour que vous leur montriez que les étrangers, c’est bien. »

Je commence à me sentir mal. Cette jeune femme n’aurait-elle accepté de nous héberger que pour nous faire jouer le rôle d’ambassadrices de sa vie secrète et de ses choix auprès de la famille la plus xénophobe, religieuse et traditionnelle du pays, si l’on en croit ses paroles, des choix qui, s’ils étaient percés à jour, pourraient conduire à sa mort?

Et comment Sepideh réagirait-elle si c’était moi qui l’accueillais dans mon appartement berlinois, et que, aussitôt passé le seuil de la porte, je lui annonçais avoir invité tout PEGIDA à dîner pour qu’elle les persuade que l’Iran c’est marrant, et que l’islam, ça grandit l’âme!

Je demande à prendre une douche: je me sens sale, mal fagotée, indécente. Je voudrais pouvoir me laver les cheveux, me transformer en la parfaite jeune fille de bonne famille pour convaincre les parents que nous sommes des femmes modèles, et que leur fille a toutes les meilleures raisons du monde de nous héberger.

Pourquoi suis-je ainsi tétanisée à l’idée de faillir à ma mission? Parce que c’est la première fois que je me sens investie d’une telle responsabilité. Si je flanche, si je fais le moindre faux pas, c’est toute la raison d’être de Sepideh qui s’effondrera, découvrant le mensonge dont elle nous a fait les confidentes: celui d’une vie dans l’illégalité, dans le désir de l’ailleurs, loin des enseignements du gouvernement, et des siens.

Familles jouant lors du picnic de Sizdah Be Dar, Iran, 2017

Familles jouant lors du picnic de Sizdah Be Dar, Iran, 2017

Et pourtant cela fait déjà deux semaines, depuis notre arrivée, que nous partageons le quotidien de ceux qui vivent dans le mensonge et l’interdit. Mais c’est bien la première fois que l’on nous brandit comme bouclier au sein d’une même famille. Le CS en Iran ne serait donc plus le moyen de vivre avec les Iraniens ce qui fait la beauté de leur culture et de leur pensée, mais celle de protéger une jeunesse opprimée du courroux des leurs?

La belle famille arrive, et je me rends compte de mon erreur. Certes, nous passons la soiré en manto et hejab, malgré la chaleur qu’il fait dans le salon, sirotons du thé plutôt qu’un verre d’alcool acquis au marché noir, mais cette famille, autant que les autres, finit par nous accueillir à bras ouverts, jusqu’à fêter avec nous Sizdah Be Dar, le dernier jours des vacances de Norouz, où l’on sort pique-niquer avec les siens toute la journée, manger les mets les plus raffinés, fumer la shisha et jouer au ballon, sous les amandiers en fleurs.

Car l’Iran se compose de mille et une facettes et d’autant de paradoxes, embrasse la tradition la plus pure aussi bien que la modernité la plus résolue, dans une proportion qu’il est très difficile à évaluer. Et la vérité n’est pas à chercher seulement dans les mèches peroxydées, les talons aiguilles ou les rendez-vous secrets sous les ponts d’Ispahan, elle est également dans la poésie d’un guide de montagne, dans les costumes colorés d’Abyaneh, dans les enfants jouant à cache-cache dans la mosquée, dans les pièces cliquetantes des longues jupes des Kurdes, dans les tchadors fleuris de Kashan, les terrasses enneigées de Masouleh, et le sable des châteaux de Kharanagh.

Elle est surtout dans ces mots, qui n’ont sans doute jamais aussi bien sis à un pays: « L’Iran. Terre de contrastes. »

 

Sizdah Be Dar, Iran, 2017

Des enfants nous invitant à venir jouer avec eux lors de la fête de Sizdah Be Dar, Iran, 2017

 

 

 

 

 

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Concours de nouvelles: Antihéros – par les Editions Publibook http://etageres.mondoblog.org/2017/06/02/publibook/ http://etageres.mondoblog.org/2017/06/02/publibook/#respond Fri, 02 Jun 2017 14:47:29 +0000 http://etageres.mondoblog.org/?p=910 Concours de nouvelles sur le thème de l’Anti-héros par les Éditions Publibook. Selon Victor Hugo “La vie, le malheur, l’isolement, l’abandon, la pauvreté, sont des champs de bataille qui ont leurs héros ; héros obscurs plus grands parfois que les [...]

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Concours de nouvelles sur le thème de l’Anti-héros par les Éditions Publibook.

Selon Victor Hugo “La vie, le malheur, l’isolement, l’abandon, la pauvreté, sont des champs de bataille qui ont leurs héros ; héros obscurs plus grands parfois que les héros illustres.”

À votre tour, glissez-vous dans la peau de votre antihéros préféré !
Les éditions Publibook sont heureuses de proposer pour la première fois un concours de nouvelles dont le thème est l’antihéros. Les exemples sont nombreux et ne se limitent pas qu’à la Bande dessinée ou la Science-Fiction. En effet, la littérature classique regorge d’antihéros : madame Bovary, la marquise de Merteuil ; le vicomte de Valmont ou encore Sherlock Holmes font partie des plus connus.
Elles invitent tous les amateurs d’écriture et d’aventure à se glisser dans la peau de leurs antihéros préféré, et à devenir le temps d’une nouvelle Don Quichotte, Deadpool, ou encore Gatsby.
Le jury de ce premier concours sera composé d’auteurs déjà édités. Ils auront donc la lourde tâche d’élire le prochain auteur de la maison. En effet, Publibook offrira au grand gagnant la publication de sa nouvelle dans la mesure où l’auteur souhaite publier celle-ci dans un recueil.
Les participants auront entre le 1er et le 15 juin prochain pour envoyer leur texte aux Editions Publibook.
Elles laisserons l’été aux membres du jury pour élire leur auteur préféré et communiquerons les résultats à la rentrée de septembre.
Contact :
Clémence Bourdon
concourspublibook@gmail.com.
01.84.74.10.03

 

Bonne écriture à tous!

 

Concours de nouvelles Editions Publibook

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«La La Land» de Damien Chazelle http://etageres.mondoblog.org/2017/02/02/lalaland/ http://etageres.mondoblog.org/2017/02/02/lalaland/#comments Thu, 02 Feb 2017 13:22:17 +0000 http://etageres.mondoblog.org/?p=903 Grand favori des Oscars, «La La Land» a déjà raflé bon nombre des Golden Globes. Mais le film s'empêtre dans l'hommage et dans les références.

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Grand favori des Oscars, «La La Land» a déjà raflé bon nombre de Golden Globes. Mais le film s’empêtre dans l’hommage et dans les références, sans trouver sa propre voix.

Noir. «Ce film vous est présenté en Cinémascope». L’écran, devant nous, s’élargit : nous sommes sur une bretelle d’autoroute, en plein cagnard. Le soleil tape, les voitures n’avancent pas. Klaxons, bruits de moteur. La caméra passe entre les voitures, happant ici et là différents rythmes musicaux, de la techno à la mélodie cubaine. Une conductrice fredonne puis, se met à chanter, va jusqu’à ouvrir la porte de sa voiture pour sortir sur le macadam, vêtue de sa robe jaune à pois. Très vite, elle est rejointe par un autre conducteur, puis un autre, et encore un autre : les bouchons se sont transformés en scène de comédie musicale colorée, où tous sont représentés : noirs, asiatiques, latinos, blancs, roux… Le melting-pot le plus parfait des États-Unis, avec des danseurs, chanteurs, acrobates de métier, qui sautent allègrement d’un toit de voiture à l’autre, dans leurs habits couleur pastel, en clin d’œil aux Demoiselles de Rochefort. Lorsque l’arrière d’un camion s’ouvre, ce n’est pas pour révéler un groupe d’immigrés illégaux, mais un petit orchestre composé de percussions, d’une contrebasse et d’une flûte. Nous sommes bien à L.A. – La La Land, comme le veut l’expression.

Hollywood, la machine à rêves, l’industrie du fantasme, l’entité qui flanche sous le poids de son passé mythique : c’est là que se rencontrent Mia (Emma Stone, dont le physique était intéressant pour un tel rôle, mais qui ne parvient pas à fasciner comme il le faudrait) et Sebastian (Ryan Gosling, véritable atout du film). Elle rêve de devenir actrice comme toutes les serveuses de café, il est obsédé par l’idée d’ouvrir un bar dédié au jazz qu’il nommerait «Chicken on a Stick», en référence à l’amour que portait Charlie Parker au poulet. Des références, il y en a beaucoup dans «La La Land», et cela pose problème. Car à force de trop réécrire Casablanca ou Singin’ in the Rain, on peine à voir se dégager un propos neuf et différent de ce qui a déjà été mille fois dit de la vie des rêveurs et des nostalgiques d’une époque révolue dans la grande ville des anges. Mia rencontre Sebastian dans un bar, alors qu’il joue une mélodie au piano, qui deviendra le thème de leur rencontre et de leur amour, nouvel «As Time Goes By». Dans Casablanca, l’embûche , c’était la guerre, et le défunt mari pas si défunt que ça. Dans La La Land ce sont les aspirations, la carrière, et les problèmes de couple au quotidien qui font avancer l’intrigue : Qui a plus de succès que l’autre ? Qui est véritablement parvenu à réaliser son rêve sans vendre son âme au diable Dollar ou aux conventions établies par la société ? Comment ménager ses ambitions de gloire et sa capacité à remédier aux taches d’humidité dans la chambre à coucher ?

Chazelle s’est entouré d’une équipe et d’un cast de choix, et son film roule techniquement comme sur des roulettes. Mais l’on ne peut s’empêcher d’être déçu, et de trouver le temps longuet. Certes, il y a la tentative de détourner les clichés par l’humour, mais la critique reste trop lisse : on reste opprimé dans un certain moule auquel on voulait rendre hommage, un genre que l’on ne parvient pas à renouveler non plus qu’à égaler. Il y a une nostalgie bien-pensante dans La La Land: on y invoque le vieux Paris, l’âge d’or d’Hollywood, le free jazz des maîtres. Mais même si Sebastian affirme à Mia qu’elle parvient, à travers la pièce de théâtre qu’elle écrit, à parler du monde entier depuis sa chambre, force est de constater que La La Land ne nous en dit pas beaucoup plus que ce qui a été cent fois joué, chanté, dansé – aussi bien sur L.A. que sur les amours difficiles, et que le seul qui parvient à nous toucher, c’est Gosling, que l’on découvre magnétique, juste, un amant dont le regard qu’il pose sur sa belle exprime à lui seul tous ces rêves que le film ne parvient pas à nous raconter.

Ryan Gosling dans "La La Land" de Damien Chazelle

 

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«Live by Night» de Ben Affleck http://etageres.mondoblog.org/2017/01/26/live-by-night/ http://etageres.mondoblog.org/2017/01/26/live-by-night/#respond Thu, 26 Jan 2017 15:50:27 +0000 http://etageres.mondoblog.org/?p=892 Après Argo, Ben Affleck endosse à nouveau le costume de réalisateur, sans parvenir à insuffler une vision originale au film de gangster. Clairs-obscurs, poursuites de voitures dans les rues de Boston où l’hiver dépose ses flocons autour d’amants enlacés, où [...]

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Après Argo, Ben Affleck endosse à nouveau le costume de réalisateur, sans parvenir à insuffler une vision originale au film de gangster.

Clairs-obscurs, poursuites de voitures dans les rues de Boston où l’hiver dépose ses flocons autour d’amants enlacés, où les feuilles mortes tombent sous les pas des gangsters chapeautés qui arpentent la ville. Les femmes y sont jolies, ont les yeux charbonneux, la bouche rouge, la robe seyante et les cheveux courts. C’est la prohibition, le temps des porte-cigarettes et des colliers sautoirs. Ben Affleck s’essaye au film de genre en mettant en scène deux mafias opposées qui s’affrontent sur la côte Est, de Boston à Tampa en passant par Miami : il y a d’un côté Albert White, l’Irlandais, et de l’autre Maso Pescatore, l’Italien.

Le réalisateur Affleck attribue à l’acteur Affleck le premier rôle, celui de Joe Coughlin, un survivant de la Première Guerre mondiale, dont il est revenu «hors-la-loi», ne comprenant plus la logique d’un monde capable d’envoyer ses hommes se faire massacrer dans les tranchées. Tout cela nous est expliqué de façon didactique par la voix-off qui ouvre le film sur des images d’archives.

Cut sur Ben Affleck, dans un lit d’hôpital, le nez cassé : «Tout a commencé à cause d’une taupe.» Cette taupe, c’est Emma Gould, compagne du mafieux White, ravissante Sienna Miller à l’air mutin, dont on devine immédiatement qu’elle est la maîtresse de Joe à la façon qu’elle a de le braver et d’ouvrir la bouche avec défi pour mordre dans la chaussette qu’il lui présente – «elle est propre» – avant de la bâillonner dans un mouvement qui a tout de l’étreinte amoureuse. C’était voir juste : les sentiments que Joe éprouve pour Emma nous sont confirmés à la seconde suivante, et deviennent dès lors mauvais présage – car quel bandit amoureux pourra vivre heureux dans un tel univers ?

Rien de nouveau sous le soleil

Avec Live By Night, Ben Affleck semble avoir eu envie de se livrer à l’exercice de style : beauté des décors, brochette de stars, lumière travaillée. Mais malgré le talent des techniciens et du cast, on s’ennuie relativement ferme pendant ces deux heures passées à tenter de relever les qualités du film. Et il y en a : l’interprétation de Brendan Gleeson, cet excellent acteur irlandais qui disparaît trop tôt pour que l’on puisse savourer pleinement le timbre de sa voix et la finesse de son jeu tout en subtilité. Il y a aussi Loretta Figgis, interprétée par l’étoile montante Elle Fanning, à la beauté laiteuse et à la jeunesse effrontée, pour un rôle complexe et fort : celui de la fille du shérif, reconvertie en madone prédicatrice toute vêtue de blanc, qui arbore ses bras recouverts de piqûres d’héroïne pour mieux se faire adorer des fidèles, elle qui doute en secret de l’existence de Dieu, mais croit que le paradis est ici-bas.

Il y a aussi Matthew Maher en bandit affilié au Ku Klux Klan, ou Chris Cooper dans le rôle du shérif touché en plein cœur par les exactions de sa fille. Mais même si Affleck parvient à construire certaines scènes avec justesse et émotion, on finit toujours par retomber dans quelque chose d’attendu, d’un peu lent, qui ne nous surprend ni ne nous intéresse vraiment. On est déçus de voir le personnage interprété par Zoe Saldana abandonner toutes ses ambitions dès lors que son destin se lie à celui de Joe : elle n’est alors plus bonne qu’à s’accouder à une balustrade lui arrivant au genou pour mieux dévoiler la beauté de son corps, à marcher sur la plage l’air songeur, ou à attendre que son aimé revienne, cachée bien à l’abri au bord de la piscine d’une villa de Miami. Et l’on se demande pourquoi Affleck finit par grimer Sienna Miller en clown, avec un maquillage trop prononcé dans les couleurs orange, bleu, rouge : est-ce parce qu’elle est la seule à proclamer vouloir rester libre, quand Joe, ce bandit romantique qui ne convainc jamais, affirme ne pas le désirer, lui ? Quoi qu’il en soit, Live By Night ne s’inscrit pas dans la lignée des Chinatown et autres L.A. Confidential, et ce n’est pas ici que le gentil essai d’Argo se verra transformé.

 

LIVE BY NIGHT de Ben Affleck

 

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«Les Pépites» de Xavier de Lauzanne http://etageres.mondoblog.org/2017/01/20/les-pepites/ http://etageres.mondoblog.org/2017/01/20/les-pepites/#respond Fri, 20 Jan 2017 14:29:19 +0000 http://etageres.mondoblog.org/?p=884 Un émouvant documentaire sur un couple terriblement attachant et qui force le respect : Marie-France et Christian des Pallières.

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Un émouvant documentaire sur un couple terriblement attachant et qui force le respect : Marie-France et Christian des Pallières, fondateurs de l’ONG «Pour un sourire d’enfant» au Cambodge.

Enfant, Christian des Pallières vivait dans les environs de Saint-Lô, dans le château de famille. Lorsque la Seconde Guerre Mondiale éclate, son père les conduit, Christian, ses frères et sœurs et leur mère, dans un abri souterrain construit pour les protéger des bombardements. Lorsque la famille en sort, elle découvre le château incendié, détruit, ravagé.

C’est alors que se produit en Christian un déclic. En voyant anéanti le symbole de ce qui était pour lui la famille, il comprend que sa vie n’est pas dans la sédentarité, mais qu’il est et sera un nomade.

Trente ans plus tard, désormais marié à Marie-France et père de cinq enfants, il décide de partir sur les routes du monde avec sa petite famille, en caravane jusqu’à Katmandou, en passant par Téhéran ou Bagdad.

L’âge de la retraite venu, Marie-France et Christian partent visiter le Cambodge. Là, ils découvrent l’horreur sur une immense décharge publique de Phnom Penh : des milliers d’enfants y travaillent tous les jours, se nourrissant de détritus et tentant de trouver parmi les immondices les quelques matériaux qu’ils pourront revendre pour trois fois rien. C’est la génération post-Khmers rouges, les enfants de ceux qui ont subi les pires atrocités durant les années 70, et qui sont devenus des parents alcooliques d’une violence extrême, qui ignorent ce qu’est l’amour et sont incapables d’en manifester à leurs petits.

Pour un sourire d’enfant

Pour les des Pallières, c’est tout simplement insupportable, et ils décident d’agir. Avec les quelques fonds qu’ils récoltent auprès de leur entourage, ils commencent par construire une petite paillote pour permettre aux enfants de manger à l’écart des immondices et de recevoir un repas digne de ce nom. Puis, petit à petit, eux qui n’avaient jamais été propriétaires, achètent un terrain et font construire un bâtiment à un kilomètre à vol d’oiseau de la décharge – assez près pour que les enfants puissent y venir à pied, assez loin pour que les mouches et l’odeur de la fange ne les y suivent pas : ce sera « Pour un sourire d’enfant« , les locaux de l’ONG qui offre refuge, éducation et formation à ces petits Cambodgiens au ban d’une société rongée par la pauvreté.

On pourrait craindre, à lire le pitch de ces «Pépites», de se voir offrir un documentaire misérabiliste et empli de bons sentiments. Non : «Les Pépites» est le portrait d’un couple admirable de bonté et de modestie, de simplicité et de gentillesse, un couple qu’on aimerait connaître, fréquenter, à la mission duquel on aimerait œuvrer. Marie-France et Christian des Pallières nous racontent, avec une sincérité et une bonhomie qui nous va droit au cœur, leur parcours, leur indignation, leur émotion et les liens qu’ils ont tissé avec ces enfants de Phnom Penh. Lorsque les larmes viennent à Marie-France, à l’évocation de certains souvenirs, Christian, également touché, rit simplement: «Ah bah v’là autre chose!…»

Une galerie de portraits d’enfants devenus aujourd’hui adultes racontent ce que «Papy et Mamie» sont pour eux : le vent qui permet aux feuilles de quitter le sol boueux pour voler vers le ciel, ainsi que le représente le dessin d’un des petits protégés. Le thème principal de la bande originale, jolie mélodie au piano, revient peut-être un peu trop souvent, et l’on aurait sans doute pu se passer de quelques rares effets de caméra qui s’accordent mal avec la véritable simplicité émanant de Marie-France et Christian, mais Xavier de Lauzanne signe ici un film touchant, intelligent, autour d’une vraie, belle œuvre, et de deux personnes d’exception.

Les-pépites-photo-11-©-DR - Christian des Pallières

 

Le site du film

Le site de l’ONG « Pour Un Sourire d’Enfant »

 

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« The Handmaiden» de Park Chan-wook http://etageres.mondoblog.org/2016/12/22/the-handmaiden-de-park-chan-wook/ http://etageres.mondoblog.org/2016/12/22/the-handmaiden-de-park-chan-wook/#respond Thu, 22 Dec 2016 12:38:46 +0000 http://etageres.mondoblog.org/?p=874 Présenté en compétition au dernier festival de Cannes, The Handmaiden de Park Chan-wook, adaptation du roman de Sarah Waters, subjugue par sa beauté. La Corée des années trente, au moment de l’occupation japonaise… Sook-Hee est une jeune coréenne, choisie pour [...]

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Présenté en compétition au dernier festival de Cannes, The Handmaiden de Park Chan-wook, adaptation du roman de Sarah Waters, subjugue par sa beauté.

La Corée des années trente, au moment de l’occupation japonaise…
Sook-Hee est une jeune coréenne, choisie pour sa beauté, sa connaissance du japonais et sa cupidité, pour devenir la femme de chambre d’une riche héritière japonaise, Hideko. Mais sa mission ne se résume pas à délicatement laisser choir des pétales de rose dans l’eau du bain de sa maîtresse, à la consoler lors de ses cauchemars nocturnes ou à l’accompagner lors de ses promenades dans le ravissant jardin: dans cette demeure composée d’un bâtiment principal imposant, à l’architecture anglaise du plus pur classicisme d’une part, et de dépendances répondant à la plus parfaite esthétique japonaise de l’autre, le véritable but de la présence de Sook-Hee est en réalité de manipuler la belle héritière jusqu’à la faire tomber amoureuse de l’escroc coréen déguisé en comte japonais, pour une part de l’héritage qu’il touchera après le mariage.

Rarement un film de deux heures vingt-cinq aura subjugué son spectateur de cette façon

Dans The Handmaiden, Park Chan-wook travaille chaque plan comme s’il s’agissait un tableau.
Sook-Hee, (Kim Tae-ri, dont le jeu fougueux et la beauté délicate crèvent l’écran) circule dans ce manoir à l’anglaise aux épais murs de pierre, aux escaliers de bois massifs qui craquent sous les pas, aux murs tendus de tissus précieux et de couleurs sombres, agrémentés de tableaux classiques aux lourds cadres à dorures pour y veiller au sommeil et aux activités d’Hideko (Kim Min-hee, également parfaite), poser pour ses cours de peinture, lui offrir des sucreries à déguster dans son bain. Puis elle se rend dans les dépendances japonaises où réside le comte, prenant bien soin de faire coulisser les portes qui encadrent ses appartements, et de vérifier que les ombres chinoises des servants, des curieux ou des indiscrets ne se reflètent plus sur les murs de papier de riz, avant de s’entretenir avec lui.

 

Splendeurs et misères d’une femme de chambre

Avec The Handmaiden, c’est un peu de Les Diaboliques d’Henri-Georges Clouzot et de Rashomon d’Akira Kurosawa que nous offre Park Chan-wook: trois versions d’une même manipulation, trois points de vue sur un même triangle amoureux et intéressé. Mais ce sont aussi des effluves de La Vie d’Adèle d’Abellatif Kechiche ou de L’Empire des sens de Nagisha Oshima, avec des scènes d’amour d’une beauté à couper le souffle. Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux s’invite également, dans la façon qu’a Park Chan-wook de jouer sur les rapports de la maîtresse à la femme de chambre et de déguiser en comte japonais un escroc coréen dont le but est de prendre ses biens à l’aristocratie japonaise.

Enfin, on retrouve aussi Cris et chuchotements d’Ingmar Bergman, dans la représentation qui nous est donné de cette vie renfermée, étouffée dans les étoffes feutrées, dans ce silence uniquement interrompu par le tintement de la cloche de service, dans la pâleur du teint, la langueur de l’esprit, le fantôme de la tante pendue à la branche du cerisier en fleurs qui hante encore le délicat jardin.

The Handmaiden

 

The Handmaiden est un conte sublime et érotique qui se conclut par la transformation dans la dernière scène, de l’un des symboles de la domination masculine en celui d’un plaisir féminin, partagé, dont on entendra retentir les mélodieux grelots sur les dernières images du film baignées par le clair de lune, comme une ode à la femme, à sa passion, à sa détermination, et à sa beauté.

 

 

 

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Berlin http://etageres.mondoblog.org/2016/12/20/berlin/ http://etageres.mondoblog.org/2016/12/20/berlin/#respond Tue, 20 Dec 2016 11:31:36 +0000 http://etageres.mondoblog.org/?p=868 Berlin - allô la Terre, ici la Terre.

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Berlin, Berlin qui m’accueille, m’héberge, se fait mienne, Berlin qui m’offre son amour et l’amour, qui peuple ses rues de solides et durables amitiés, qui se pare de feux d’artifices pour chaque année proclamer avec nous le bonheur que nous éprouvons à être ici, dans ces quartiers où il fait si bon vivre, dans cette douceur nonchalante, cette franchise amusante, cette lenteur surprenante, pour une ville de cette taille.

Taille humaine – non par les kilomètres carrés, mais par la manière qu’ont les Berlinois d’exister ensemble, multiculturalisme de la U1, chaleur des marchés de Noël, petit matin rose sur l’Oberbaumbrücke, soleil d’hiver sur la Budapesterstrasse, le thé, les mandarines, les graines de tournesol et les Baumkuchen, paillettes des oiseaux de nuit, liberté des groupes ivres d’amis, barbe des hipsters, Schnauze du Ladenbetreiber, bonté des Späti-Verkäufer qui accueillent en notre absence nos amis, étrangers, leur plan de Berlin à la main : « On est bien arrivés? C’est ici qu’on récupère les clefs? »

Oui. C’est ici. Et vous êtes ici chez vous, tous, pour un week-end, un mois, quatre ans et demi, la vie – Berlinois, Turques, Iraniens, Tchadiens, Français, Afghans, Ukrainiens, Pakistanais, Chinois, Éthiopiens, Argentins, Yéménites, Norvégiens, Indiens, Panaméens, Australiens, Coréens, Américains, Brésiliens, Russes, blancs, noirs, jaunes, rouges, verts, violets, vous êtes ici chez vous, allô la Terre, ici la Terre, à ta santé Berlin, ma belle, je te bois comme je t’aime et comme je te célèbre et célèbre la vie.

 

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«Sully» de Clint Eastwood http://etageres.mondoblog.org/2016/12/08/sully-de-clint-eastwood/ http://etageres.mondoblog.org/2016/12/08/sully-de-clint-eastwood/#comments Thu, 08 Dec 2016 13:09:02 +0000 http://etageres.mondoblog.org/?p=860 Eastwood choisit de revenir sur l’amerrissage en urgence sur la rivière Hudson du vol US 1549 pour poser la question de l’humain et de l’anti-héros.

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Eastwood choisit de revenir sur l’amerrissage en urgence sur la rivière Hudson du vol US 1549 pour poser la question de l’humain et de l’anti-héros, au cœur d’une Amérique traumatisée par le 11 septembre 2001.

Dans son deuxième film, Alejandro Gonzalez Iñárritu posait la question de savoir combien pèse l’âme humaine. Sa réponse donnait son titre au long-métrage: 21 grammes, soit le poids que perd le corps au moment de la mort, laissant penser que ces vingt-et-un grammes évaporés seraient la manifestation de l’âme, au moment où elle s’échapperait vers un au-delà espéré.

Avec «Sully», Clint Eastwood pose une question similaire, non pas dans le titre de son film, mais dans le corps de son intrigue : combien pèse le facteur humain dans une analyse scientifique et factuelle de l’amerrissage forcé d’un avion ? Quelle est la différence entre la simulation d’un ordinateur et la réalité qui prend en compte le facteur « homme » ?
Trente-cinq secondes – de quoi faire basculer le destin d’un homme.

Le 15 janvier 2009, le capitaine Chesley Sullenberger décolle de l’aéroport LaGuardia, situé dans le Queens, en direction de Charlotte, Caroline du Nord, avec le vol US Airways 1549. Alors qu’il survole la mégapole new yorkaise et admire la beauté de la skyline s’élevant au-dessus de la rivière Hudson, un vol d’oiseaux sauvages fond sur l’avion, et certains d’entre eux endommagent grièvement ses deux réacteurs, dont les passagers voient s’échapper des flammes. L’avion perd puissance, et très vite, altitude. Fort de ses 42 années dans la profession, Sullenberger, dit « Sully », réagit immédiatement et signale l’accident à l’aiguilleur du ciel. Décision la plus vraisemblable : faire demi-tour pour regagner la piste de LaGuardia. Mais l’avion continue de tomber, et le capitaine doit se résoudre à faire un choix extrêmement osé : celui de prendre la rivière Hudson comme piste d’amerrissage, en espérant parvenir à ne pas faire couler ses 150 passagers non plus que les 4 membres de son équipage.

 

Sully de Clint Eastwood

Héros ou fraude ? C’est la question que pose le film, qui revient sur cet événement extraordinaire, ainsi que sur les jours harassants qui suivirent l’amerrissage: alors que les médias et la foule acclament Sully et l’érigent en héros, le Conseil national de la sécurité des transports mène l’enquête. En choisissant d’amerrir plutôt que de rentrer à l’aéroport, le capitaine Sullenberger n’a-t-il pas pris un risque énorme qui aurait pu être évité ? Devant un panel d’experts, dont une femme (Anna Gunn de Breaking Bad), Sully (Tom Hanks, émouvant, fragile, dans un jeu minimaliste particulièrement juste) et son co-pilote Jeff Skiles (Aaron Eckhart) répondent aux questions, comme devant un tribunal: « A quand remonte votre dernier verre d’alcool ? », « Combien d’heures aviez-vous dormi dans la nuit du 14 au 15 janvier ? » « Avez-vous des problèmes personnels ? »

Clint Eastwood nous livre un film anti-catastrophe juste et équilibré, entre flashbacks du crash durant lesquels il nous est donné de vivre ce dont seules les 155 âmes présentes à bord du vol 1549 ont pu témoigner; scènes d’interrogation ou nuits de doute dans ce grand hôtel new-yorkais, espace vide et neutre par ses beiges, refuge par le bordeaux de ses rideaux, comme des paravents contre la rumeur éternelle de la ville; et aperçus du foyer de Sully avec lequel, profession de pilote oblige, il ne communique que par téléphone.

Eastwood parvient à saisir le spectateur, et à construire un film qui sache intéresser un public large et varié: un « crowd pleaser » intelligent, qui n’a pas peur d’aborder des questions sensibles et complexes, et de nous montrer la manière dont la machine fonctionne, loin de ce que nous avons pu percevoir de l’événement dans sa retransmission médiatique. En nous donnant à voir son personnage principal tour à tour comme un héros, une fraude et un anti-héros, Eastwood s’attache à traiter en profondeur de ce qui fascine le plus dans cette passionnante affaire : l’humain.

 

Sully de Clint Eastwood

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« Snowden », d’Oliver Stone http://etageres.mondoblog.org/2016/11/10/snowden/ http://etageres.mondoblog.org/2016/11/10/snowden/#respond Thu, 10 Nov 2016 13:49:13 +0000 http://etageres.mondoblog.org/?p=849 Snowden, d'Oliver Stone : un portrait soigné, un sujet passionnant, mais un film qui manque d'émotion et de ventre.

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Un portrait soigné, un sujet passionnant, mais un film qui manque d’émotion et de ventre: à trop vouloir s’appliquer, Oliver Stone est passé à côté de ce qui faisait la force de son personnage.

Dans le hall d’un grand hôtel à Hong Kong, une femme et un homme attendent près d’un grand dinosaure en plastique vert, scrutant la foule des passants.

Il s’agit de Laura Poitras, réalisatrice de documentaires, et de Gleen Greenwald, journaliste au «Guardian». Elle se montre optimiste : « Il va venir ! »

Entre dans le cadre un Rubik’s cube, tenu par une main qui l’active méthodiquement, selon un tempo donné. Un homme est là, le cheveu court, le regard cadré par une paire de lunettes. Un échange de phrases clefs, et les journalistes suivent l’homme, qui continue à jouer mécaniquement avec son cube, jusque dans sa chambre d’hôtel. Le signe « Ne pas déranger » est pendu à la poignée de la porte, les rideaux sont tirés. Nous sommes le 3 juin 2013, l’entretien avec Edward Joseph Snowden peut commencer.

Snowden (Joseph Gordon-Levitt), ancien employé de la Central Intelligence Agency et de la National Security Agency, qui commença par s’engager dans les US Marine Corps pour défendre son pays en Irak, est désormais condamné à se terrer dans une chambre où les portables sont immédiatement placés dans le micro-ondes, pour s’assurer que personne d’autre que les journalistes présents ne puissent enregistrer ce qu’il s’apprête à dévoiler.

« Souriez, vous êtes filmés »

Le patriote qui était prêt à offrir sa vie à son pays, le jeune informaticien surdoué à l’origine du programme de surveillance « Epic Shelter » est devenu l’un des lanceurs d’alerte majeurs de notre Histoire. Un homme prêt à tout perdre et à tout risquer, à se voir condamné à vivre en exil jusqu’à la fin de ses jours, pour révéler à son peuple et au monde la réalité du système de surveillance mis en place par le gouvernement américain.

La lutte contre le terrorisme n’est qu’une excuse: la vérité est ailleurs, dans le contrôle social et économique, et la suprématie du gouvernement américain sur le reste du monde.

En brossant le portrait de cet homme hors-norme, de cet individu qualifié de héros par certains, de traître par d’autres, de ce fervent patriote devenu apatride, on a davantage l’impression qu’Oliver Stone cherche à instruire le grand public, plutôt qu’à le toucher. Sa réalisation et son montage efficaces épousent les codes du thriller politique classique: succession de plans courts, travelling semi-circulaires, latéraux, une bande-son qui fait gonfler la tension sans la souligner de trop – Oliver Stone connaît son genre, et le maîtrise. Ses acteurs sont crédibles, professionnels, mais il manque dans tout cela une véritable émotion, malgré la vaine tentative de placer le personnage de la compagne de Snowden, Lindsay Mills (Shailene Woodley) au cœur du drame. On reste froids et distants, bien moins passionnés que lors du visionnage de «Citizenfour», le documentaire de Laura Poitras.

Le jeu autour de la thématique visuelle de la transparence et du reflet est intéressant, qui s’exprime par les plans à travers la glace, le verre, les vitres, ou la façon qu’a la caméra de balayer les surfaces noires des bureaux de la CIA, ces rectangles obscurs, dignes du carré de Malevitch, par lequel nous pourrions nous faire happer et disparaître. Les bureaux sont des espaces uniquement cloisonnés de parois contre lesquelles on pourrait buter tant elles sont translucides, et à travers lesquelles l’on perçoit les écrans et l’activité de chacun des employés.

Le film intéresse par le scandale qu’il dénonce et par la manière dont il met en scène la toute puissance du système face à l’individu (cette image de la silhouette de Snowden face au visage titanesque, projeté sur un écran géant, de Corbin O’Brian), mais l’on aurait aimé que notre personnage et son combat éveillent en nous quelque chose de plus profond, de plus physique, et de plus passionné.

 

"Snowden" d'Oliver Stone

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