«La La Land» de Damien Chazelle

Grand favori des Oscars, «La La Land» a déjà raflé bon nombre de Golden Globes. Mais le film s’empêtre dans l’hommage et dans les références, sans trouver sa propre voix.

Noir. «Ce film vous est présenté en Cinémascope». L’écran, devant nous, s’élargit : nous sommes sur une bretelle d’autoroute, en plein cagnard. Le soleil tape, les voitures n’avancent pas. Klaxons, bruits de moteur. La caméra passe entre les voitures, happant ici et là différents rythmes musicaux, de la techno à la mélodie cubaine. Une conductrice fredonne puis, se met à chanter, va jusqu’à ouvrir la porte de sa voiture pour sortir sur le macadam, vêtue de sa robe jaune à pois. Très vite, elle est rejointe par un autre conducteur, puis un autre, et encore un autre : les bouchons se sont transformés en scène de comédie musicale colorée, où tous sont représentés : noirs, asiatiques, latinos, blancs, roux… Le melting-pot le plus parfait des États-Unis, avec des danseurs, chanteurs, acrobates de métier, qui sautent allègrement d’un toit de voiture à l’autre, dans leurs habits couleur pastel, en clin d’œil aux Demoiselles de Rochefort. Lorsque l’arrière d’un camion s’ouvre, ce n’est pas pour révéler un groupe d’immigrés illégaux, mais un petit orchestre composé de percussions, d’une contrebasse et d’une flûte. Nous sommes bien à L.A. – La La Land, comme le veut l’expression.

Hollywood, la machine à rêves, l’industrie du fantasme, l’entité qui flanche sous le poids de son passé mythique : c’est là que se rencontrent Mia (Emma Stone, dont le physique était intéressant pour un tel rôle, mais qui ne parvient pas à fasciner comme il le faudrait) et Sebastian (Ryan Gosling, véritable atout du film). Elle rêve de devenir actrice comme toutes les serveuses de café, il est obsédé par l’idée d’ouvrir un bar dédié au jazz qu’il nommerait «Chicken on a Stick», en référence à l’amour que portait Charlie Parker au poulet. Des références, il y en a beaucoup dans «La La Land», et cela pose problème. Car à force de trop réécrire Casablanca ou Singin’ in the Rain, on peine à voir se dégager un propos neuf et différent de ce qui a déjà été mille fois dit de la vie des rêveurs et des nostalgiques d’une époque révolue dans la grande ville des anges. Mia rencontre Sebastian dans un bar, alors qu’il joue une mélodie au piano, qui deviendra le thème de leur rencontre et de leur amour, nouvel «As Time Goes By». Dans Casablanca, l’embûche , c’était la guerre, et le défunt mari pas si défunt que ça. Dans La La Land ce sont les aspirations, la carrière, et les problèmes de couple au quotidien qui font avancer l’intrigue : Qui a plus de succès que l’autre ? Qui est véritablement parvenu à réaliser son rêve sans vendre son âme au diable Dollar ou aux conventions établies par la société ? Comment ménager ses ambitions de gloire et sa capacité à remédier aux taches d’humidité dans la chambre à coucher ?

Chazelle s’est entouré d’une équipe et d’un cast de choix, et son film roule techniquement comme sur des roulettes. Mais l’on ne peut s’empêcher d’être déçu, et de trouver le temps longuet. Certes, il y a la tentative de détourner les clichés par l’humour, mais la critique reste trop lisse : on reste opprimé dans un certain moule auquel on voulait rendre hommage, un genre que l’on ne parvient pas à renouveler non plus qu’à égaler. Il y a une nostalgie bien-pensante dans La La Land: on y invoque le vieux Paris, l’âge d’or d’Hollywood, le free jazz des maîtres. Mais même si Sebastian affirme à Mia qu’elle parvient, à travers la pièce de théâtre qu’elle écrit, à parler du monde entier depuis sa chambre, force est de constater que La La Land ne nous en dit pas beaucoup plus que ce qui a été cent fois joué, chanté, dansé – aussi bien sur L.A. que sur les amours difficiles, et que le seul qui parvient à nous toucher, c’est Gosling, que l’on découvre magnétique, juste, un amant dont le regard qu’il pose sur sa belle exprime à lui seul tous ces rêves que le film ne parvient pas à nous raconter.

Ryan Gosling dans "La La Land" de Damien Chazelle

 

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