«Live by Night» de Ben Affleck

Après Argo, Ben Affleck endosse à nouveau le costume de réalisateur, sans parvenir à insuffler une vision originale au film de gangster.

Clairs-obscurs, poursuites de voitures dans les rues de Boston où l’hiver dépose ses flocons autour d’amants enlacés, où les feuilles mortes tombent sous les pas des gangsters chapeautés qui arpentent la ville. Les femmes y sont jolies, ont les yeux charbonneux, la bouche rouge, la robe seyante et les cheveux courts. C’est la prohibition, le temps des porte-cigarettes et des colliers sautoirs. Ben Affleck s’essaye au film de genre en mettant en scène deux mafias opposées qui s’affrontent sur la côte Est, de Boston à Tampa en passant par Miami : il y a d’un côté Albert White, l’Irlandais, et de l’autre Maso Pescatore, l’Italien.

Le réalisateur Affleck attribue à l’acteur Affleck le premier rôle, celui de Joe Coughlin, un survivant de la Première Guerre mondiale, dont il est revenu «hors-la-loi», ne comprenant plus la logique d’un monde capable d’envoyer ses hommes se faire massacrer dans les tranchées. Tout cela nous est expliqué de façon didactique par la voix-off qui ouvre le film sur des images d’archives.

Cut sur Ben Affleck, dans un lit d’hôpital, le nez cassé : «Tout a commencé à cause d’une taupe.» Cette taupe, c’est Emma Gould, compagne du mafieux White, ravissante Sienna Miller à l’air mutin, dont on devine immédiatement qu’elle est la maîtresse de Joe à la façon qu’elle a de le braver et d’ouvrir la bouche avec défi pour mordre dans la chaussette qu’il lui présente – «elle est propre» – avant de la bâillonner dans un mouvement qui a tout de l’étreinte amoureuse. C’était voir juste : les sentiments que Joe éprouve pour Emma nous sont confirmés à la seconde suivante, et deviennent dès lors mauvais présage – car quel bandit amoureux pourra vivre heureux dans un tel univers ?

Rien de nouveau sous le soleil

Avec Live By Night, Ben Affleck semble avoir eu envie de se livrer à l’exercice de style : beauté des décors, brochette de stars, lumière travaillée. Mais malgré le talent des techniciens et du cast, on s’ennuie relativement ferme pendant ces deux heures passées à tenter de relever les qualités du film. Et il y en a : l’interprétation de Brendan Gleeson, cet excellent acteur irlandais qui disparaît trop tôt pour que l’on puisse savourer pleinement le timbre de sa voix et la finesse de son jeu tout en subtilité. Il y a aussi Loretta Figgis, interprétée par l’étoile montante Elle Fanning, à la beauté laiteuse et à la jeunesse effrontée, pour un rôle complexe et fort : celui de la fille du shérif, reconvertie en madone prédicatrice toute vêtue de blanc, qui arbore ses bras recouverts de piqûres d’héroïne pour mieux se faire adorer des fidèles, elle qui doute en secret de l’existence de Dieu, mais croit que le paradis est ici-bas.

Il y a aussi Matthew Maher en bandit affilié au Ku Klux Klan, ou Chris Cooper dans le rôle du shérif touché en plein cœur par les exactions de sa fille. Mais même si Affleck parvient à construire certaines scènes avec justesse et émotion, on finit toujours par retomber dans quelque chose d’attendu, d’un peu lent, qui ne nous surprend ni ne nous intéresse vraiment. On est déçus de voir le personnage interprété par Zoe Saldana abandonner toutes ses ambitions dès lors que son destin se lie à celui de Joe : elle n’est alors plus bonne qu’à s’accouder à une balustrade lui arrivant au genou pour mieux dévoiler la beauté de son corps, à marcher sur la plage l’air songeur, ou à attendre que son aimé revienne, cachée bien à l’abri au bord de la piscine d’une villa de Miami. Et l’on se demande pourquoi Affleck finit par grimer Sienna Miller en clown, avec un maquillage trop prononcé dans les couleurs orange, bleu, rouge : est-ce parce qu’elle est la seule à proclamer vouloir rester libre, quand Joe, ce bandit romantique qui ne convainc jamais, affirme ne pas le désirer, lui ? Quoi qu’il en soit, Live By Night ne s’inscrit pas dans la lignée des Chinatown et autres L.A. Confidential, et ce n’est pas ici que le gentil essai d’Argo se verra transformé.

 

LIVE BY NIGHT de Ben Affleck

 

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Amalka
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