« The Handmaiden» de Park Chan-wook

Présenté en compétition au dernier festival de Cannes, The Handmaiden de Park Chan-wook, adaptation du roman de Sarah Waters, subjugue par sa beauté.

La Corée des années trente, au moment de l’occupation japonaise…
Sook-Hee est une jeune coréenne, choisie pour sa beauté, sa connaissance du japonais et sa cupidité, pour devenir la femme de chambre d’une riche héritière japonaise, Hideko. Mais sa mission ne se résume pas à délicatement laisser choir des pétales de rose dans l’eau du bain de sa maîtresse, à la consoler lors de ses cauchemars nocturnes ou à l’accompagner lors de ses promenades dans le ravissant jardin: dans cette demeure composée d’un bâtiment principal imposant, à l’architecture anglaise du plus pur classicisme d’une part, et de dépendances répondant à la plus parfaite esthétique japonaise de l’autre, le véritable but de la présence de Sook-Hee est en réalité de manipuler la belle héritière jusqu’à la faire tomber amoureuse de l’escroc coréen déguisé en comte japonais, pour une part de l’héritage qu’il touchera après le mariage.

Rarement un film de deux heures vingt-cinq aura subjugué son spectateur de cette façon

Dans The Handmaiden, Park Chan-wook travaille chaque plan comme s’il s’agissait un tableau.
Sook-Hee, (Kim Tae-ri, dont le jeu fougueux et la beauté délicate crèvent l’écran) circule dans ce manoir à l’anglaise aux épais murs de pierre, aux escaliers de bois massifs qui craquent sous les pas, aux murs tendus de tissus précieux et de couleurs sombres, agrémentés de tableaux classiques aux lourds cadres à dorures pour y veiller au sommeil et aux activités d’Hideko (Kim Min-hee, également parfaite), poser pour ses cours de peinture, lui offrir des sucreries à déguster dans son bain. Puis elle se rend dans les dépendances japonaises où réside le comte, prenant bien soin de faire coulisser les portes qui encadrent ses appartements, et de vérifier que les ombres chinoises des servants, des curieux ou des indiscrets ne se reflètent plus sur les murs de papier de riz, avant de s’entretenir avec lui.

 

Splendeurs et misères d’une femme de chambre

Avec The Handmaiden, c’est un peu de Les Diaboliques d’Henri-Georges Clouzot et de Rashomon d’Akira Kurosawa que nous offre Park Chan-wook: trois versions d’une même manipulation, trois points de vue sur un même triangle amoureux et intéressé. Mais ce sont aussi des effluves de La Vie d’Adèle d’Abellatif Kechiche ou de L’Empire des sens de Nagisha Oshima, avec des scènes d’amour d’une beauté à couper le souffle. Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux s’invite également, dans la façon qu’a Park Chan-wook de jouer sur les rapports de la maîtresse à la femme de chambre et de déguiser en comte japonais un escroc coréen dont le but est de prendre ses biens à l’aristocratie japonaise.

Enfin, on retrouve aussi Cris et chuchotements d’Ingmar Bergman, dans la représentation qui nous est donné de cette vie renfermée, étouffée dans les étoffes feutrées, dans ce silence uniquement interrompu par le tintement de la cloche de service, dans la pâleur du teint, la langueur de l’esprit, le fantôme de la tante pendue à la branche du cerisier en fleurs qui hante encore le délicat jardin.

The Handmaiden

 

The Handmaiden est un conte sublime et érotique qui se conclut par la transformation dans la dernière scène, de l’un des symboles de la domination masculine en celui d’un plaisir féminin, partagé, dont on entendra retentir les mélodieux grelots sur les dernières images du film baignées par le clair de lune, comme une ode à la femme, à sa passion, à sa détermination, et à sa beauté.

 

 

 

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Amalka
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