«Sully» de Clint Eastwood

Eastwood choisit de revenir sur l’amerrissage en urgence sur la rivière Hudson du vol US 1549 pour poser la question de l’humain et de l’anti-héros, au cœur d’une Amérique traumatisée par le 11 septembre 2001.

Dans son deuxième film, Alejandro Gonzalez Iñárritu posait la question de savoir combien pèse l’âme humaine. Sa réponse donnait son titre au long-métrage: 21 grammes, soit le poids que perd le corps au moment de la mort, laissant penser que ces vingt-et-un grammes évaporés seraient la manifestation de l’âme, au moment où elle s’échapperait vers un au-delà espéré.

Avec «Sully», Clint Eastwood pose une question similaire, non pas dans le titre de son film, mais dans le corps de son intrigue : combien pèse le facteur humain dans une analyse scientifique et factuelle de l’amerrissage forcé d’un avion ? Quelle est la différence entre la simulation d’un ordinateur et la réalité qui prend en compte le facteur « homme » ?
Trente-cinq secondes – de quoi faire basculer le destin d’un homme.

Le 15 janvier 2009, le capitaine Chesley Sullenberger décolle de l’aéroport LaGuardia, situé dans le Queens, en direction de Charlotte, Caroline du Nord, avec le vol US Airways 1549. Alors qu’il survole la mégapole new yorkaise et admire la beauté de la skyline s’élevant au-dessus de la rivière Hudson, un vol d’oiseaux sauvages fond sur l’avion, et certains d’entre eux endommagent grièvement ses deux réacteurs, dont les passagers voient s’échapper des flammes. L’avion perd puissance, et très vite, altitude. Fort de ses 42 années dans la profession, Sullenberger, dit « Sully », réagit immédiatement et signale l’accident à l’aiguilleur du ciel. Décision la plus vraisemblable : faire demi-tour pour regagner la piste de LaGuardia. Mais l’avion continue de tomber, et le capitaine doit se résoudre à faire un choix extrêmement osé : celui de prendre la rivière Hudson comme piste d’amerrissage, en espérant parvenir à ne pas faire couler ses 150 passagers non plus que les 4 membres de son équipage.

 

Sully de Clint Eastwood

Héros ou fraude ? C’est la question que pose le film, qui revient sur cet événement extraordinaire, ainsi que sur les jours harassants qui suivirent l’amerrissage: alors que les médias et la foule acclament Sully et l’érigent en héros, le Conseil national de la sécurité des transports mène l’enquête. En choisissant d’amerrir plutôt que de rentrer à l’aéroport, le capitaine Sullenberger n’a-t-il pas pris un risque énorme qui aurait pu être évité ? Devant un panel d’experts, dont une femme (Anna Gunn de Breaking Bad), Sully (Tom Hanks, émouvant, fragile, dans un jeu minimaliste particulièrement juste) et son co-pilote Jeff Skiles (Aaron Eckhart) répondent aux questions, comme devant un tribunal: « A quand remonte votre dernier verre d’alcool ? », « Combien d’heures aviez-vous dormi dans la nuit du 14 au 15 janvier ? » « Avez-vous des problèmes personnels ? »

Clint Eastwood nous livre un film anti-catastrophe juste et équilibré, entre flashbacks du crash durant lesquels il nous est donné de vivre ce dont seules les 155 âmes présentes à bord du vol 1549 ont pu témoigner; scènes d’interrogation ou nuits de doute dans ce grand hôtel new-yorkais, espace vide et neutre par ses beiges, refuge par le bordeaux de ses rideaux, comme des paravents contre la rumeur éternelle de la ville; et aperçus du foyer de Sully avec lequel, profession de pilote oblige, il ne communique que par téléphone.

Eastwood parvient à saisir le spectateur, et à construire un film qui sache intéresser un public large et varié: un « crowd pleaser » intelligent, qui n’a pas peur d’aborder des questions sensibles et complexes, et de nous montrer la manière dont la machine fonctionne, loin de ce que nous avons pu percevoir de l’événement dans sa retransmission médiatique. En nous donnant à voir son personnage principal tour à tour comme un héros, une fraude et un anti-héros, Eastwood s’attache à traiter en profondeur de ce qui fascine le plus dans cette passionnante affaire : l’humain.

 

Sully de Clint Eastwood

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Amalka
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2 Commentaires

    1. Oui, je vivais moi-même à New York à cette époque! Mais je n’étais pas allée jusqu’à la Hudson pour voir, j’avais simplement suivi l’affaire dans les médias. C’est donc d’autant plus intéressant d’être amené à vivre l’envers de ce que nous avons pu percevoir de l’affaire à travers ce film.

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