« Don’t Breathe » de Fede Alvarez

Délices de l’angoisse

Un film d’horreur original, intelligent et efficace qui parvient à convaincre les amateurs du genre, et les autres.

Extérieur. Jour. Nous survolons la rue tranquille d’un quartier résidentiel, dans la banlieue d’une ville des Etats-Unis. Lentement, d’abord, puis plus rapidement, nous fondons vers le personnage qui remonte cette rue: un homme apparemment âgé, courbé, traînant derrière lui ce qui semble être un caddie. Mais au fur et à mesure que nous descendons, la vision se précise, et nous découvrons alors que ce ne sont pas ses courses que l’homme tire péniblement vers chez lui, mais un corps: celui d’une jeune femme, inanimée, qui laisse derrière elle un sillon de sang.

Ainsi commence le film d’horreur de l’Uruguayen Fede Alvarez, qui épouse tout d’abord parfaitement les conventions du genre: nos personnages principaux forment un trio, au sein duquel Rocky (Jane Levy), une jeune et belle blonde, fait chavirer les cœurs. Elle est la petite amie de Money (Daniel Zovatto), le garçon baraqué aux faux airs de caïd, et l’objet du désir d’Alex (Dylan Minette), jeune homme au visage d’enfant et à l’esprit scrupuleux pour un petit malfrat qui vole les clients de son père (un agent de sécurité spécialisé dans la pose d’alarmes).

Un triangle amoureux, des casses, un quartier abandonné de Détroit, et un nouveau plan: celui de toucher le gros lot, en s’attaquant à la maison d’un vétéran d’Irak devenu aveugle, dont on dit que l’Etat lui aurait remis la coquette somme de 300 000 dollars – suffisamment pour permettre à Money, Rocky et sa petite sœur de rejoindre des terres plus clémentes, et le soleil de Californie.

Une intrigue simple, des éléments de conflit relativement classiques, mais une idée originale, une réalisation, un montage et un jeu qui nous permettent de rentrer aisément dans l’histoire.

Rares sont les films du genre qui parviennent réellement à happer leur public et à le maintenir en tension véritable de par la seule force de leur intrigue, sans avoir à jouer de bruitages briseurs de tympans, qui n’effraient que de façon agaçante et artificielle. Don’t Breathe réussit là où beaucoup échouent. Porté par un scénario ingénieux et intelligent qui utilise à bon escient le moindre des détails, le film repose sur un tout bien équilibré et savamment orchestré: on croit aux personnages, on partage leur peur et leurs réactions, on aime la façon dont le décor est utilisé dans ses moindres recoins pour faire avancer l’histoire et monter la tension.

Autre qualité majeure du film: un regard ironique, une manière consciente de jouer avec la lutte constante de chaque personnage face aux différents obstacles, pour faire jubiler le public. Don’t Breathe ne s’en tire pas par de mauvaises galipettes, évite les explications psychologiques aussi bavardes que gênantes, et fait fonctionner le suspense.

Alvarez prend le parti de l’ironie, en faisant notamment jouer un véritable rôle à sa caméra dans le début du film, lorsqu’elle se promène de manière indépendante dans la maison du vétéran, pour nous signaler à nous, spectateurs, les différents pièges que nos personnages devront affronter, avant même que ces derniers n’en soient conscients. Ce faisant, il nous inscrit dans une relation de complicité avec cette caméra-narrateur omniscient, nous met dans la confidence, et nous permet de nous réjouir et de trembler à la fois, dans une attente délicieuse des horreurs à venir.

Un film qui célèbre le genre auquel il appartient, et parvient à satisfaire les différentes composantes de son public, depuis les aficionados jusqu’aux plus réticents.

 

Don't Breathe, de Fede Alvarez

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Amalka
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