« On est toujours le nègre de quelqu’un » – « Free State of Jones » de Gary Ross

Un sujet passionnant, original et nécessaire, et un acteur principal de talent, malgré sa tendance à vouloir faire de son personnage un être sans faille aucune.

Les Tranchées, les baïonnettes, le cuir, la terre, les barbes et les cheveux, les branches et les sacs de sables ; le gris-bleu des yeux, des gourdes et des costumes des Confédérés ; le cliquetis des armes, le grondement des pas, le sifflement des balles et le tremblement du canon, au loin.

Nous sommes en 1862, en pleine guerre de Sécession.

Lorsque le tout jeune Daniel se fait tuer devant lui, Newton Knight décide de quitter le front, pour ramener le corps du petit là où il appartient: chez sa mère. Il charge sa mule et entreprend de traverser plaines et forêts, pour rentrer dans son comté.

Là, il décide de rester: cette guerre n’est pas la sienne, la cause que défendent les Sudistes ne fait pas de sens à ses yeux, il ne se battra par avec eux.

Mais les Confédérés ne l’entendent pas ainsi, et patrouillent la campagne avec leurs chiens, à la recherche des esclaves, et des déserteurs.

Bien vite, Newton doit se réfugier dans les marécages, ces espaces de nature sauvage dans lesquels les magnifiques arbres du Sud se reflètent dans les marais dormants, parfois recouverts d’un léger tapis de mousse ou de feuilles vertes. La lumière y pénètre à travers les branchages et illumine les troncs, les branches, pour finir en étincelles changeantes à la surface de l’eau.

Là, Newton rejoint un petit groupe de quelques esclaves qui caressent le rêve de vivre libres. L’un d’entre eux, Moses (Mahershala Ali), porte encore autour du cou le lourd collier de métal qui le retenait prisonnier, agrémenté de quatre pics de fer acérés qui lui encadrent la tête et le visage, et l’empêchent de s’allonger, la nuit.

C’est ici que Newton va fonder son camp à lui, un camp de réfugiés, de déserteurs, de « nègres », les « Free Men of Jones’ County » qui refusent la guerre et la folie des hommes, pour vivre égaux et libres, hommes, femmes, noirs et blancs réunis.

Si le film est relativement long, l’originalité de son sujet intrigue et intéresse: tiré de faits réels, il s’intéresse à la question de l’égalité entre blancs et noirs sous un angle nouveau, en suivant l’idéal de cet homme farouchement déterminé qu’était Newton Knight.

Matthew Mac Conaughey (Oscar du Meilleur Acteur pour Dallas Buyers’ Club) qui avait déjà prouvé combien il savait incarner un homme du Sud, avec son flegme et sa voix profonde à l’accent traînant, dans la série True Detective, confirme son talent malgré un personnage un peu trop parfait pour être parfaitement crédible: rebelle, défenseur d’une cause juste, altruiste, courageux, il ne présente aucune faille, et malgré la noblesse de son combat, en devient un peu trop lisse pour être vraiment réaliste.

Toutefois, l’acteur reste remarquable dans son art de la retenue, et cette manière qu’il a de vivre les émotions de l’intérieur, dans une énergie puissante et introvertie.

Si le réalisateur Gary Ross (Hunger Games) ne parvient pas à gommer ce que son Newton Knight a de trop christique, les faits auxquels il s’attelle restent marquants, essentiels et continuent de nourrir l’actualité, comme celui, passionnant, de la lutte des Noirs Américains pour accéder au droit de vote, ou encore le procès dont fut victime l’arrière petit-fils de Knight dans les années quarante, lorsque l’Etat ségrégationniste du Mississipi lui interdit de se marier avec une femme blanche, parce qu’il avait un huitième de sang noir dans les veines.

 

Matthew McConaughey (center) and Mahershala Ali (center left) star in THE FREE STATE OF JONES

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Amalka
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