Babouchka

Elle avait la main, les deux mains couvertes de taches rouges, sombres, comme du vin

Une allergie

Je les lui caressais

En lui traduisant ce poème, que l’on entendait:

 

En el tronco de un árbol una niña,

grabo su nombre henchida de placer

Y el árbol conmovido allá en su seno,

a la niña una flor dejo caer.

 

Elle portait un chignon,

Avait l’air d’une jeune fille.

Plus tard, à l’hôpital, ils lui feraient une longue tresse comme je ne lui en avais jamais vue.

Une tresse de contes, de tours, et d’échappée belle.

 

Papa m’appelle.

Il n’a jamais eu l’accent tchèque.

Il a une voix grave que je ne lui connais pas.

Je sens qu’il fait attention, à tout, au ton, aux mots, qu’il emploie.

« Le coeur a lâché. »

Devant moi s’élève la cathédrale Храм Христа Спасителя

L’air frais d’un mois de juillet en Russie.

« C’est fini. »

 

Dans son bain, dans une tour à Prague,

Le petit garçon observe ses doigts flétris par l’eau chaude

Il prend le pommeau de la douche,

Et de sa voix cassée par les larmes,

Appelle sa grand-mère.

 

“Allo Babouchka ?

Eto ja, Kolya.

Tu m’entends ?

On est venus te voir mais tu n’étais pas là.

Reviens, Babouchka.”

 

Au-dessus d’une petite église orthodoxe, dans une nouvelle ruelle de Moscou,

Cinq ballons rouges

Cinq coeurs

Comme ses cinq enfants

Cinq coeurs rouges comme le sien

S’envolent.

 

Nous sautions dans les vagues par gros temps

Lorsque la mer et le ciel se confondaient dans ce gris plomb

Et que l’écume brassait les méduses

Venues nous fouetter le sang.

 

Je ne prendrai pas le Transsibérien.

Je rentrerai.

 

Je rentrerai retrouver ma grand-mère.

Lui chanter les vagues, le poème cubain,

Le petit garçon russe qui l’appelle dans son bain,

L’accompagner du requiem de Fauré,

Lui écrire le journal imaginaire de notre voyage inventé,

Dans les plaines de Sibérie, les collines de Mongolie,

Oulan-Bator et le lac Baïkal,

La crème sur les blinis posés contre le bol brûlant du bortsch

Et le fumet du samovar.

 

ба́бушка

ба́бушка моя́.

 

 

Kolya - Jan Svěrák

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Amalka
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