« Me and Earl and the Dying Girl » de Alfonso Gomez-Rejon

Dans la veine des comédies dramatiques que revendique le cinéma indépendant américain, «Me and Earl and The Dying Girl» offre un film coloré, qui n’arrive pas à émouvoir en profondeur.

Un jeune garçon, Greg, est devant son ordinateur, dans sa chambre d’ado. Sa voix-off, prenante, dynamique, entraînante, nous raconte : « It was the best and worst of times. » Pour nous donner à partager sa vision de la vie, le réalisateur nous fait alors basculer dans un petit court-métrage en stop motion, un film dans le film, avec des personnages constitués de pâte à modeler et de fils de laine.
Il y a du rythme, de la couleur, de la poésie, et cette voix-off qui fonctionne, et rappelle que le scénario a été écrit et adapté par l’auteur du livre dont l’histoire est tirée.
Un ton, une vision, un univers.

On nous parle de l’adolescence, et de sa complexité, entre rejet de soi, admiration des autres, mal être, tentative d’être aimé de tous et de chacun, quête de soi et de son identité à travers l’identification ou non à tous ces groupes qui peuplent la cour du lycée : des gothiques aux «promqueens» en passant par le rappeur-slammeur fumeur de joint.
Greg (Thomas Mann) est un cinéphile aguerri. Avec son meilleur ami, Earl (l’excellent RJ Cyler), qu’il s’obstine à appeler son « coworker » tant les liens d’amitié lui font peur, il a tourné quantité de films inspirés des plus grands classiques du cinéma. Un processus qui rappelle Jack Black et Mos Def dans «Be Kind, rewind», et qui, s’il fait sourire, n’a tout de même pas le charme et des mini-films du Gondry.

Un jour, la mère de Greg le convoque: Rachel (Olivia Cooke), une jeune fille de son lycée, a une leucémie, et sa mère, l’étrange Denise (Molly Shannon), pense qu’il est l’un des seuls à pouvoir la dérider.
Ce n’est donc pas par sympathie que Greg se rend au chevet de la jolie Rachel, mais bien par obligation, pour ne pas vivre l’enfer chez lui, à la maison. Et voilà le ton avec lequel ce drame est traité: pas d’apitoiement, pas de mélodrame. On contourne la tragédie pour en extraire la légèreté, la beauté, les couleurs.

Le film parvient à traiter de la fragilité de cette période de l’existence. A travers les séquences en stop motion, nous sommes invités à vivre à nouveau les émois amoureux adolescents, et certaines scènes offrent une métaphore visuelle précise et juste de l’étrangeté de l’être à cet âge.
Le choix des cadres est intéressant, maîtrisé: beaucoup de plongées, de contre-plongées, entre regard condescendant et admiration, univers adulte et monde d’enfants. Les escaliers sont un thème visuel récurrent qui permettent de renforcer ces plongées et de souligner ce sens et ces effets, comme lorsqu’un escalier de secours se transforme en cabane au milieu du feuillage et des arbres.

On pense à Juno et à Garden State qui furent également acclamés à Sundance.
Mais à force de vouloir éviter les bons sentiments, en les pointant du doigt, on finit par entrer dans quelque chose de doucereux, qui n’est ni assez fort pour véritablement nous émouvoir, ni vraiment assez décalé pour nous faire rire. Un entre deux qui se veut profond et différent, mais qui reste malheureusement tiède et parfois attendu.
Comme ce professeur d’histoire couvert de tatouages qui se frappe le biceps en hurlant « Respect the research », et qui finit par en faire trop pour rester attachant. La fin pose également problème, lorsqu’on préfère un gros plan interminable sur les visages de Rachel et Greg empreints d’émotion, plutôt que de nous laisser découvrir ce qui les émeut – un hommage dont il a été dès les premières minutes question.

C’est dommage, car les acteurs sont justes, et étonnants, pour leur âge. Et même lorsque les dialogues ne conviennent pas exactement, l’émotion des adolescents, elle, est présente.
Un film doté de qualités, d’une certaine vision, d’un ton assumé, mais qui finit par laisser en bouche un goût de trop peu, au lieu de ce « doux-amer » auquel il aspirait.

Olivia Cooke as "Rachel" and Thomas Mann as "Greg" in ME AND EARL AND THE DYING GIRL. Photo by Anne Marie Fox. © 2015 Twentieth Century Fox Film Corporation

Olivia Cooke as « Rachel » and Thomas Mann as « Greg » in ME AND EARL AND THE DYING GIRL. Photo by Anne Marie Fox. © 2015 Twentieth Century Fox Film Corporation

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Amalka
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