« Crimson Peak » de Guillermo Del Toro

Passionné de films fantastiques, amateur d’épouvante, Guillermo Del Toro réalise un conte gothique et somptueux, sans pourtant parvenir à convaincre.

Présenté comme un film d’épouvante avec histoire d’amour, « Crimson Peak » est un conte romantico-gothique d’inspiration victorienne, une histoire de fantômes et de meurtres sanglants.

Une jeune femme, Edith Cushing (Mia Wasikowska), habite Buffalo, dans l’Etat de New York, au début du siècle dernier. Fascinée depuis l’enfance par les créatures d’un au-delà plus proche qu’on ne le croirait, elle préfère écrire des histoires de fantômes plutôt que des romans d’amour. Lorsque le jeune aristocrate anglais Sir Thomas Sharpe (Tom Hiddleston) fraîchement débarqué d’Angleterre avec sa sœur Lady Lucille (Jessica Chastain), fait sa rencontre, il est l’un des premiers à prendre cette fascination au sérieux : Edith tombe amoureuse. Mais son père désapprouve…

S’il est aisé de comprendre combien le fait de filmer une histoire d’époque dans des décors et costumes splendides peut être jouissif et représenter pour Del Toro une véritable ambition, il est beaucoup moins évident de saisir ce qui, dans une intrigue comme celle de Crimson Peak, a pu l’intéresser : une histoire comme il en existe déjà tant d’autres, avec des oppositions primaires et attendues, des personnages figés dans des rôles convenus – la jeune blonde à la peau diaphane et aux habits de couleurs contre la méchante brune drapée dans des étoffes sombres, face à l’homme aux cheveux de jais et à la pâleur d’un vampire.

Triangle amoureux attendu, autour duquel évoluent des revenants, fantômes filmés de trop près pour demeurer effrayants.

Si le réalisateur parvient à nous faire sursauter plus d’une fois, à grand renfort de bruitages, de musique et de cris, la véritable peur ne nous saisit pas, car ces êtres venus hanter l’existence d’Edith sont en réalité plus risibles que terrifiants. Constitués d’une chair translucide ressemblant à des muscles à vif, avec de longs doigts poilus comme des pattes de tarentules, ils se traînent sur le sol, dans des positions comiques, répétant des mises en garde qu’ils crachotent comme des gargarismes.

On s’ennuie à regarder Tom Hiddleston et Mia Wasikowska, prisonniers de personnages convenus. Seule Jessica Chastain fait à chaque fois la différence : une retenue, une puissance, une vivacité dans le regard et dans la tenue. Ses apparitions font naître une tension que le récit ne provoquait plus, et l’on admire sa beauté, sa grâce, cette impression de danger qui émane d’elle.

Lorsque les longueurs se font ressentir (le film dure deux heures) et que la faiblesse du scénario irrite, on passe le temps en observant la magnificence des lieux, les détails des costumes, des objets, de la décoration qui font de «Crimson Peak» un film d’une vraie beauté.

Guillermo Del Toro use et abuse de symboles lourdement explicites : les mites et les papillons qui viennent mourir dans la demeure des Sharp, la terre glaise qui entoure la propriété isolée et dont suinte un liquide rouge sang… La chute du film achève de déconcerter, tant la mise en scène du combat final pourrait passer pour une parodie du genre, et l’on finit par rire, sans plus savoir ce que l’on a essayé de nous faire vivre ou partager.

Un film étrange, inégal, le plus souvent vide et caricatural, malgré une photographie magnifique, et des décors et costumes somptueux.

La belle Jessica Chastain, avant la mémorable et hilarante scène finale, avec pelle. (Vous m'en direz des nouvelles).

La belle Jessica Chastain, avant la mémorable et hilarante scène finale, avec pelle (dont vous me direz des nouvelles!).

 

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Amalka
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